BERLIN aka BREAKDOWN

 

Le voyage de Berlin est une expérience sans précédent et absolument à part.

Son évocation est rare et me fait toujours sourire. . 

 

L'Allemagne, c'est le pays dont j'ai failli ne jamais repartir,

c'est l'occasion de tout envoyer se faire foutre que j'ai finalement décidé de ne pas saisir,

c'est le moment où j'ai été tenté d'entièrement refaire ma vie sans jamais revenir en France.

 

Cette semaine de décembre 2015 marqua à jamais un tournant dans ma vie

C'est donc ici un article bien différent de tous les autres pour le relater.

 

 

Berlin, banlieue de Neukölln. [ sanuwah.com © ]
Berlin, banlieue de Neukölln. [ sanuwah.com © ]

 

Il est impossible de démarrer ce récit sans le contextualiser à travers mon histoire amoureuse de l'époque.

Un an plus tôt, j'avais fait la connaissance via Facebook d'un mec qui m'avait demandé en ami,

nous avions plusieurs amis en communs alors je l'accepte, peut-être l'avais-je oublié ? 

 

Il s'appelle Samuel, nous l’appellerons Sam.

 

Nous découvrons que nous étions d'anciens voisins dans la ville de notre enfance mais l'ignorions et c'était "par hasard" qu'il m'avait ajouté . Il vit en Australie depuis moins d'une année maintenant avec ses potes et envisage de rentrer à Noël voir sa famille avant de repartir pour de bon chez les kangourous. C'était septembre 2014, il me drague.

 

Je le décourage en lui expliquant que les relations amoureuses, c'était pas mon truc. La souffrance, le mensonge et les compromis de mon unique relation passée de 3 ans et demi, non merci, j'ai plus le temps. Son forcing est attendrissant, le 4ème jour de conversation, il m'appelle "bébé " pour m'énerver. C'est un mec léger, d'un an plus âgé, qui vit au jour le jour, a quitté les études et commencé à travailler tôt. Il a parfois un côté sale gosse attardé, un peu volontaire. Le genre de mec qui ne veut pas grandir et se fout sur la gueule avec ses potes. Il est combattant de MMA et travaille sur les chantiers.

 

Une semaine plus tard, je bois un café avec une amie et lui dit " Il a pas l'air prise de tête... il me fait rire, je sais pas... ça pourrait me réconcilier un peu avec ça. Je sais qu'il veut juste du bon temps, ça pourrait ne pas me déplaire, je vais peut-être me laisser aller, faut que je me relâche..."

 

Les jours passent, il se confie. Il est moins creux et superficiel que ce qu'il veut donner à voir. Je comprends qu'en France, il a fait du sale avant de partir. Gros passif, de la violence, de la drogue et toute la panoplie du gars qui tourne mal. Avec les femmes, idem, il ne s'en cache pas.

 

Mais il a changé.

 

Le mec sain sans histoires qui disait " t'inquiètes chaton avec moi c'est tout smooth, je suis pas ton ex ou les autres, on s'en fout. Je te ferais pas souffrir " semble s'éloigner, comme une com' un peu trop ambitieuse qui prend l'eau. Mais je commence à m'attacher à son histoire, à son vécu. Je suis lucide et pas en sucre, je peux gérer. On devient présents l'un pour l'autre, on s'envoie plein de photos, on s'appelle. Son côté sauvage et marginal me correspond, je me retrouve en lui et il me comprend. Nous sommes tous deux turbulents, enragés de vivre et l'environnement conventionné, coincé, hypocrite et superficiel de mon école de commerce me semble loin grâce à lui. Je n'ai jamais fait partie de ce monde étudiant et continuai d'y nager à contre courant. Dans nos discussions je peux être moi-même, ma tête se libère, il me temporise. 

Fin octobre, je lui fais promettre d'arrêter la cigarette, il lui en reste 16 dans le paquet. Je lui promet 16 vœux de son choix si il tient bon. Le dernier sera donc de m'embrasser. 

 

Je lui répond que l'on verra, il commence à prendre de la place dans ma tête, il me dit avoir des sentiments. Sans encore s'être rencontré, il nous prend des billets d'avion pour l'Espagne au départ de Paris, quand il sera là. On hurle de rire au téléphone, à notre folie commune. " Imagine on ne se plait pas, t'auras des billets sur le dos ! " lui dis-je.

 

Une après-midi en cours, je passe à l'oral devant toute ma classe et mon téléphone vibre à ma place. Je fais signe à ma pote d'ouvrir le message pour moi, elle connait Sam et ce que nous vivons. Elle pousse un cri, devient toute rouge et hurle de rire. La professeur la questionne, personne ne comprend. Je reviens m'asseoir, c'était le premier nude envoyé par cet idiot. 

 

Nos univers peu à peu se superposent à distance, mes amis ont connaissance de son existence, il parle de moi également. Il déconne avec ma pote par Messenger, comme si il était déjà là. Il m'accompagne partout à distance, il est pressé de me rencontrer.

 

Un matin de novembre, je suis au Franprix avec elle et je reçois un texto : " Chat, je suis là. Je suis à Paris." 

Il avait fait la surprise d'atterrir avec trois semaines d'avance. Nous sommes très nerveux, on va se voir le lendemain. 

 

L'interphone retentit sept étages plus bas à 17h et j'actionne la porte. Un ascenseur nous sépare. Je fais des aller-retour dans mon appartement, je tire sur les manches de mon sweat, mes mains tremblent. " Je te ferais un câlin aussitôt que t'ouvriras, quoi que t'en dises ! " Je ne suis pas tactile et il le savait. J'ouvre un peu la porte et fais les cent pas dans ma chambre, n'osant le voir directement.

 

Une silhouette passe l'embrasure puis je le vois se tourner vers moi, je m'approche très gênée et il me fonce dessus pour m'enlacer, sans qu'on ai eu le temps d'apercevoir nos visages. On se décolle, on est essoufflés. Je baisse le regard et lui propose de s'asseoir, je lui fais du thé. Les paroles déferlent des deux côtés sous le stress et l'on s'observe en parallèle, des sourires s'esquissant sur le côté, incapables de rester vraiment concentrés. "Putin il est vraiment beau. Merde... il me plait complètement "

 

Notre discussion est confuse, on rit de bon cœur, soulagés, mais l'air reste très palpable, très tendu. On se désire comme jamais, la table qui nous sépare semble mesurer des kilomètres. On se lève ensemble et paradons autour de ma chambre, prétextant d'autres conversations puis l'on s’assoit sur mon lit. Il me demande un câlin. 

 

Enfin.

 

Nos regards sont évidents, c'est intimidant de naturel. On chahute sur la couette puis le prétexte le plus commun et grillé de cette génération arrive : " on mate un film ? "

 

[ agrandir ]
[ agrandir ]

Vingt minutes plus tard, mon visage contre son torse, enlacée dans ses bras, je ferme les yeux et profite de l'instant. C'est difficile de croire que tout se passe ainsi. Il me fait un bisous sur le front, d'autres dans le cou...l'ordinateur bascule sur le côté et je suis au-dessus de lui, étalée de tout mon long. Je relève mon visage en m'appuyant sur les coudes et le regarde pendant qu'il me bécote les joues avec prudence, de plus en plus près de ma bouche. Ses yeux sont magnifiques. 

 

Je clôture le ballet et l'embrasse.

 

La passion prend très vite le dessus, fini de jouer. Le baiser s'approfondit, la tension monte. Nos lèvres se séparent et il me regarde, les yeux pétillants et lâche avec un grand sourire :

 

"Putin j'y crois pas ! Je pensais pas qu'on s'embrasserai dès le premier soir, que t'oserai ! Je t'ai pas dit mais je crois que c'est le plus beau jour de ma vie : en arrivant hier, ma sœur m'apprend qu'elle est enceinte !! Et maintenant c'est toi qui m'embrasses, putin je suis trop heureux ! " 

 

La nuit arrive, nos sentiments débordent. Nos étreintes sont pressantes d'amour, de tendresse, d'attirance. Les vêtements tombent au sol et la tête me tourne. Il sait ce qu'il fait et je me laisse guider. Au moment de s'unir, mes jambes tremblent. Je ne suis pas prête bien que je partage son désir. Il me rassure et l'on s'endort l'un contre l'autre, perturbés d'une telle alchimie, d'une telle rapidité entre nous. 

 

Le second soir, il passe me chercher, direction Notre Dame, mon repère. Je lui propose d'y aller en pyjama fantaisie, pour le mettre à l'épreuve : je me moque du regard des autres et il me rejoignait sur ce point selon ses dires. Sans sourciller, il s'exécute. Je l'adore

 

Face à face, en tailleur sur la digue de pierre du quai Saint Michel, on mange nos sushis à emporter, complices. Nous ferons notre première photo ensembles. En rentrant chez moi, nous sommes des gosses insouciants, heureux et faisons l'amour. 

 

Le cinquième jour, je rencontre avec lui son père dans une brasserie qui juxtapose mon école, il travaille dans la rue perpendiculaire . " A ce rythme, dans une semaine on se marie ! " plaisante Sam. Je découvre sa maison dans le 93, sa chambre d'adolescent, ses coups de poings américains, sa batte de baseball, de vieilles photos... il se confie davantage sur son passé, moi sur le mien. Il me parle des mecs qu'il a envoyé à l’hôpital, de ses anciennes addictions, de son père et la prison. Je rencontre sa sœur et son beau frère, ils savent qu'il n'est pas facile à vivre mais qu'il y a aussi des souffrances passées à colmater. De mon côté, ma famille ne cautionne pas cette relation avec un voyou.

 

Je lui découvre un côté très protecteur qui me rassure. Réfugiée en boule sous son corps tandis que nous sommes allongés, je hurle de rire lorsqu'il frappe violemment les oreillers au-dessus de ma tête en serrant les dents "Oh toi... que ti m'énerveees !  Oh bon dieu si tu savais ce que je te ferais, ouuuuuh bon sang ! " avant de plonger sa tête dans mon cou pour m'embrasser. Il me fait une clé de jiu-jitsu brésilien et me chatouille jusqu'à ce que j'abandonne.

 

Les semaines passent, l'intimité s'intensifie

et la profondeur de notre couple avec.

 

 

Nos passés respectifs et leurs lésions concordent assez bien dans le silence, son impulsivité paradoxalement mêlée à un principe de protection me réconforte inconsciemment. Je me surprend à souhaiter parfois me reposer sur lui, à m'autoriser un peu de répit. " Il peut me faire du mal, mais ne le fait pas ". Une partie enfantine en moi m'envoie l'écho étrange d'un désir de faire confiance à un autre être humain, juste une fois. De déléguer, juste quelques secondes, un peu de ma sécurité et survie. Par sa capacité même à les apaiser du fait de sa tendresse, sa présence réveille en moi de douloureux souvenirs. Je me sens perdre un peu le contrôle d'ordinaire inflexible et froid que j'impose depuis toujours à mes émotions les plus troubles. Nos interactions soulèvent en chacun une révolte intérieure sourde et complexe dont nous ne parlons pas, si bien que notre relation donne l'impression parfois désagréable ou tantôt émouvante de deux animaux sauvages tentant de s'entre-apprivoiser.

 

 

De son côté, sa lutte interne se montre progressivement. Des séquelles antérieures sont visibles, son visage est marqué en plusieurs endroits et ses traits, émaciés. Je remarque son hyper-vigilance, son attitude menaçante dans les lieux publics, son regard toujours vif, son quasi-mutisme en soirée. Sanguin, nerveux, en toutes circonstances. Il me confie une fois sa difficulté à ne pas réagir lorsque les hommes me regardent : Tu te rends pas compte toi ! Y'en a un paquet, ça me rend fouje supporte pas ." La nuit, il est très agité dans son sommeil. Le jour, je le retrouve souvent le regard dans le vague, absent. Lorsqu'il enfoui son visage dans ma poitrine et me serre fort, il expire longuement et semble enfin se détendre. Je l'apaise. Je développe une douceur que je ne me connaissais pas, instinctive et rassurante.

 

Je ferme les yeux sur ses travers

et essaye de le garder dans la lumière.

 

 

Je comprend vite que le mec insouciant qu'il avait tenté de me vendre dans ses premiers messages n'existe pas vraiment, qu'il avait besoin de beaucoup d'affection. Si je tentais de l'aider en frontal, je devenais malgré moi menaçante et il se renfermait davantage pour se protéger, par réflexe. Les premières discussions que j'ai tenté d'amorcer se sont avérées désastreuses et son agressivité explosait.

 

Il était dans le contrôle permanent et rares étaient les occasions où il baissait sa garde. Si je le surprenais dans un état vulnérable, sa carapace l'engloutissait aussitôt de nouveau. Je sentais une détresse au fond d'un terrain miné qu'il était dangereux et risqué d'arpenter. Beaucoup avaient déjà échoués avant moi.

 

Je devine la présence de nombreux secrets inavouables, de portes blindées qui m'étaient interdites. Lorsque je l'observais un peu inquiète et impuissante, il le remarquait et me faisait ce sourire triste avec un clin d’œil.

 

 

Sa façon à lui de me dire que tout allait bien.

 

 

Je prend garde à ce qu'il n'ai pas tout à fait conscience que je lis à travers lui et le laisse penser que ses nombreuses tentatives de noyer le poisson fonctionnent pour ne pas le brusquer. Je lui laisse l'illusion du contrôle dont il semble tant avoir besoin. Je suppose qu'une partie, au fond de lui, comprend ce que je suis en train de faire et n'objecte pas, espérant une issue. Il nécessite autant l'Amour qu'il le craint.

 

Un jour, j'ai pu lui murmurer sur l'oreiller, lui caressant les cheveux " Je ne te ferais jamais aucun mal, tu le sais hein ? " Il ne répond pas mais je sais qu'il ne dort pas. Je m'habitue à ces conversations parallèles, prend sur moi et espère que le Temps adoucira sa mémoire.

 

Ses attitudes envers moi parfois puériles, brutales, vexantes ou ingrates sont dures à supporter mais je décide de tenir bon.

 

Je suis amoureuse et ne le laisserait pas tomber. 

 

Les mois défilent, nous partons à Alicante comme prévu pendant que je sèche les cours, notre amour grandi, mon hyperactivité le trimbale à droite à gauche, nous vivons à 100 à l'heure, il reprend la clope. Son départ définitif du pays est fixé en février, je veux nous créer le maximum de souvenirs d'ici là. 

 

 

Je l'immortalise avec mon Reflex.

Je vis au présent et souhaite en tirer le meilleur pour nous deux. Avant même son arrivée en France, nous étions tombés d'accord que, quoi qu'il arrive, une fois reparti, nous mettrions fin à notre relation. Sa vie n'était pas ici, mais à l'autre bout de la Terre. 

 

Il n'était pas prévu que l'on tombe véritablement amoureux et qu'il soit si difficile de s'oublier l'un et l'autre. 

 

 

Le jour du départ, je lui prépare un petit déjeuner de roi. La boule au ventre arrive, nos sourires sont tristes. Le dernier baiser et il passe le pas de la porte, comme au premier jour. Je grimpe sur mon balcon pour observer sa silhouette s'éloigner depuis la rue. Il se retourne et hurle sept étages plus bas " Je t'aime !!  " 

 

Je referme les baies vitrées, m’assoie sur ce grand lit désormais vide et pleure de joie

en lâchant à haute voix " C'était une putin de belle histoire. C'était superbe ... ah putin de merde " 

 

Tout aurait du s'arrêter là. Nos sentiments en décidèrent autrement et nous détruisirent. 

 


Quelques semaines après son départ, je lui demande de réduire les mots doux, les je t'aime et les petits surnoms, pour nous habituer à la rupture. Rien ne pressait mais plus tôt serait le mieux pour nous deux, pour éviter de souffrir lorsque le temps fera son oeuvre lui-même. Il comprend mais ne peux pas s'en empêcher. Quelques mois passent et j'aperçois des photos de lui avec ses nouvelles colocataires, très proches. Je réitère ma demande, lui expliquant que notre histoire était finie depuis sa décision de ne jamais revenir en France et que je ne souhaitais pas attendre le jour où il m'annoncerait qu'il a retrouvé quelqu'un ou que je verrais un post Facebook douteux. Il savait que je voulais son bonheur et qu'il soit capable d'avancer sans difficulté, que je me retenais de lui rappeler mon amour à cet escient et nécessitais la même retenue de sa part en retour. En vain. 

 

Le manque devient insoutenable.

 

Les barrières sautent et désormais, nous nous laissons vivre, dans un amour à distance malgré nous. Officiellement, nous ne sommes plus en couple et savons que l'on ne se reverra plus mais c'est plus fort que nous. Chaque jour, je guette dans un réflexe pavlovien la petite lumière verte de mon téléphone que j'avais personnalisée pour lui, dans l'attente de la voir briller pour m'annoncer ses messages. Le décalage horaire n'arrange rien, je patiente chaque soir jusqu'à 23h pour lui souhaiter un bon réveil et il ne rate aucun de mes couchers. Le 21 juillet, je contacte ses amis et les miens afin de collecter des vidéos où ils lui souhaitent un joyeux anniversaire et le publie devant tous. La nuit, je rêve qu'il débarque par surprise ou que je le surprend en Australie, pour lui sauter dans les bras. On se demande sérieusement comment tout ceci finira, inquiets .

 

Nous sommes incapables de mettre un terme à cette relation divisée par 15 000 km.

 

Je lui demande de me promettre de rester sincère et honnête avec moi . " Le premier qui commence à rencontrer quelqu'un le dit à l'autre ". Il me sait adulte et très mature sur le sujet : les sentiments et les attirances ne se contrôlent pas, jamais je ne lui en voudrais et nous pourrons rester en bons termes. En revanche, la pire chose qu'il pourrait me faire serait de me trahir par le mensonge. Je lui avais expliqué les raisons de la rupture avec mon premier amour, que ma confiance était rarement donnée et qu'il n'y avait jamais de seconde fois. Si un moyen de me faire souffrir existait, c'était celui là. 

 

Octobre 2015 est là. 9 mois d'absence.

 

En soirée avec mes potes, j'embrasse un mec sous l'alcool. Cela ne signifie rien mais j'en parle aussitôt à Sam et nous discutons, il ne m'en veux pas. Je lui demande à son tour si il veut me dire quelque chose et il m'avoue qu'il a dragué une fille en boite. Nous en restons là. Les semaines passent, il insiste lourdement pour me faire comprendre que le manque est là, qu'il a envie de craquer. Je lui répète qu'il ne me doit rien, que nous connaissons notre situation. Si quelque chose arrive, nous cesserons toute ambiguïté entre nous et l'un des deux renoncera à ses sentiments. J'ai l'impression qu'il me passe la pommade avant de passer à l'acte ou pour m'annoncer quelque chose alors je l'encourage à être franc. Il me soutient qu'il ne s'est rien passé, il me prévient seulement, rajoutant qu'il est plus facile pour une fille de se retenir à ce sujet. Une distance commence à naître face à cette réflexion macho.

 

Ayant échoué à obtenir un sponsor-ship pour renouveler son visa l'année d'après, il me demande mon avis : " Ici, les français font des mariages blancs entre eux pour que celui qui a le Visa Résident permettent à son faux conjoint d'en bénéficier aussi... une pote me propose de le faire avec elle , pour m'aider. " 

 

Pour moi, c'est l'étape de trop, impossible. Je ne vais pas aveuglément continuer d'aimer un homme marié à une autre femme, à l'autre bout de la planète après neuf mois de séparation officielle. Bonne poire et compagnie. En lui expliquant que je refuse de donner ma bénédiction, je lui demande de bien réfléchir et le pousse à accepter la proposition de mariage, pour son propre avenir. Je ne veux pas qu'il compromette son futur pour moi, il doit être adulte face à cette opportunité et ne pas prendre en compte ma tristesse si il venait à accepter. Notre relation était voué à s'essouffler quoi que l'on y fasse.

 

Il décline l'offre de sa pote, me dit que sans mon accord, rien ne se fera. Je suis abasourdie d'une telle preuve d'amour que je n'attendais pas et le questionne, perturbée d'une telle décision. Est-il vraiment sûr de vouloir tout miser sur nous ?

 

Novembre, la nouvelle tombe : il rentrera donc à Paris en février, son visa travail expirant. Tout à coup, la donne change et j'ai le sentiment que ces longs mois d'attente n'auront peut-être été qu'une intenable période à vivre avant de pouvoir commencer une réelle histoire ensemble. On évoque la possibilité que je reparte ensuite avec lui en Australie ou bien qu'il reste un peu en France pour économiser et que l'on voyage ensemble en Asie. Ses je t'aime fusent en tous sens, il semble plus amoureux que jamais tandis que j'essaye de freiner mon propre enthousiasme par précaution . Je suis surprise et heureuse que son attachement ne faiblisse pas. Ses messages redoublent, les photos intimes également. Il m'en demande en retour et se dit presser de me revoir. C'est reparti comme en 40. 

 

Et là mes amis, vous l'attendiez, c'est le drame.

 

Je suis en cours lorsque je reçois un mail sur mon adresse privé de la part d'un Martin Dupuis.

 

L'intitulé du message ? 

 

" Let's talk about Sam " 

 

 

Je m'apprêtais à lire la pire chose qui pouvait être découverte par

une personne en aimant sincèrement une autre.

 

Le cauchemar commençait. 

 



 

Mon petit quotidien sans histoires dégringole tout l'escalier.

Le " R U N " me glace le sang. Je demande des explications.

 


 

 

J'étais rentrée de Pologne il y a moins d'une semaine, encore vivifiée par ce premier voyage solitaire, que désormais je m'écroulais à la sortie de mon cours dans cette école parisienne que je ne supportais plus. C'est l'heure du déjeuner, je m'isole dans les étages et me laisse tomber contre un mur sur le sol. 

 

Envie de vomir. 

 

 

Battre le fer tant qu'il est chaud. Je connais mes armes, je l'aurai au bluff. 

Je sors mon téléphone : conversation Whatsapp, vite.

 

- " Dis moi, tu es sûr que tu n'as pas quelque chose à me dire ? "

- " Hein ?? Comment ça ? "

- " Je te repose la question. Tu n'as rien à me dire ? Avant de répondre, réfléchis bien. Sam, si tu mens, ce sera mon dernier message. "

- " Pourquoi ça ? " 

- " Parce que te parler n'a plus aucun sens si tu es un menteur. Même avec un pote, une connaissance ou le boulanger, je n'ai aucun intérêt, même le plus faible, à discuter avec si l'on me ment. Si je te demande ce que tu as fait la veille mais que tu me réponds "piscine" alors que t'as joué à la Play, on marche sur la tête. Je passe mon chemin. Logique non ? "

- " ....Oui " ( Il comprend que j'ai forcément été informée ) 

- " Alors ? " 

- " Il s'est passé quelque chose. "

 

Mon cœur rate plusieurs marches.

 

- " Quand ? " ( Je veux lui mettre le doute quand aux faits et détails que je pourrais connaître et lui donner l'impression que je teste sa version. Il n'a pas d'autres choix que de faire attention à ses réponses. )

 

- " Il y a un mois et demi " 

 

- " Et donc ? " 

 

- " J'ai couché avec quelqu'un "

 

J'ai du mal à respirer, je me retiens de balancer

le téléphone à travers les vitres. 

 

- " Explique moi " 

- " ... tu veux savoir quoi ? " 

- " Comment ça s'est passé  " 

Il met du temps à répondre, il sait que si je n'obtiens pas de réponse, il n'y aura plus de communication.

- " ... On a fait une soirée à la maison, il y avait une fille que j'avais déjà vu à d'autres soirées.

J'ai vu que je lui plaisais, on s'est isolés dans la salle de bain et on l'a fait. "

- " Plusieurs fois ? " 

- " On a recommencé une fois, 5 jours après. C'est tout " 

 

 

C'est tout ", j'ai envie de l'étrangler. Je ne réponds plus, choquée. Il s'est fait goler, comme le premier des connards. Médiocre, prévisible, minable. Une partie très lucide et détachée en moi fait surgir un mépris immédiat, un dégoût spontané. Il poursuit.

 

-  " C'était juste physique, il n'y avait rien entre nous. Je l'ai baisé parce que j'en avais besoin. Je ne l'ai jamais embrassé, rien, aucune affection. Elle voulait mais pas moi. C'était juste par pulsion. " 

 

Il pense plaider sa cause là ? Quel genre de sous-homme prend une femme comme on tape dans un mur ? Il pense me rassurer en m'expliquant avoir utilisé une chair comme un vulgaire réceptacle à foutre, sans empathie ? Mais qui est ce mec ? 

 

 

 

" Dis quelque chose "

 

- " J'ai envie de vomir " 

 

- " ... je suis désolé " 

 

- " T'es un putin de taré. Tu joues le mec enflammé qui refuse une proposition d'avenir pour notre relation, tu refuses un sponsorship pour moi alors que je t'ai rien demandé, tu relances la machine de toi-même, me sert tes " je t'aime " en abus total comme si de rien n'était et tu pensais tranquillement revenir vivre avec moi dans quelques mois ? Mais quel genre de psychopathe tu es pour te supporter dans un mensonge pareil ? T'étais prêt à envisager ton avenir avec une meuf à qui tu mens à la gueule sans scrupules, c'est comme ça que tu comptais être heureux ? C'était quoi l'intérêt pour toi ? Le pire, c'est que tu me sers encore peut être des disquettes et un dixième à peine des saloperies que tu as vraiment faites. Je ne sais même plus ce qui était vrai chez toi ou non. T'as eu 1000 occasions de me le dire. Tu savais que mentir serait le plus douloureux pour moi. " Je te ferais jamais souffrir " hein ? Va bien te faire foutre Sam. "

 

- " ... Si je te le disais, je savais que je te perdrais. J'ai pas réussi ... " 

 

- " T'es un malade. Un putin d'égoiste. Tu pensais me garder comme on emprisonne une poupée ? Mes "je t'aime" sincères droit dans les yeux que j'allais te dire, tu les aurais supportés oklm ? Te regarder dans la glace chaque matin, sans soucis ? T'as pas de dignité ou d'amour propre ? Je t'ai grillé comme un gamin sans couilles, c'est même pas original avec ton bullshit quotidien du mâle alpha qui porte ses corones. Si je t'avais pas foutu au pied du mur, tu ne m'aurais jamais rien dit... je ne te connais pas. Je ne sais pas qui tu es. " 

 

S'ensuit des messages plus décevants les uns que les autres, un parterre d'excuses, une flopée de regrets. Je me force à rester en cours cet après-midi là. Si je sors, je vais tout casser. Ma gorge est sèche, je n'entend plus rien autour de moi. Je repasse un an de ma vie en boucle, un an de sacrifices, d'attentes, de compromis. Un an de refus systématique aux hommes qui m'approchaient, dans une loyauté pieuse et aveugle. Mais surtout, je pense à cet individu que je ne suis même plus sure d'avoir vraiment connu un jour, qui a partagé mon lit, mon intimité, mes secrets, mes failles ; à qui j'ai tout offert et fait confiance sans réserves. J'ai l'impression de m'être fait cambriolé l'esprit, il a tout saccagé sans vergogne à l'intérieur, souillé de son vice et de sa lâcheté mon innocence, mon honnêteté et ma candeur.

 

Ce n'était pas un simple queutard ou chien de la casse qui cherchait son gueuleton et l'avait trouvé, comme beaucoup d'autres.

C'était bien pire que ça, bien plus pervers.

 

Ce mec triturait les sentiments les plus forts des personnes les plus droites et les plus authentiques, il voulait l'exclusivité de leur attention, les garder esclaves de leur attachement pour lui et souhaitait tirer d'elles un amour sincère. Il ne désirait pas juste de la chair, il en disposait autant que possible.... 

 

Il voulait posséder l'Autre, sans merci.

 

Se rendre indispensable à leur bonheur, s'immiscer partout. Je repensais à ces heures de conversations, à toutes ses attentions : pourquoi se donner autant de mal ? Passait-il ses journées à jouer de la flûte par pur plaisir de tromper l'individu et son jugement ? N'avait-il rien de mieux à foutre, de plus jouissif à obtenir des autres, que leur confiance aveugle pour la piétiner secrètement ?

Il disait sans cesse qu'il ne me méritait pas, que j'avais des rêves, que je le tirais vers le haut, qu'il avait la sensation de me ralentir, malgré mes protestations. Il ne me rabaissait pas, il se demandait ce que je lui trouvais, quoi que je puisse lui répondre. Il s'amusait de voir mon "potentiel" se gâcher à ses côtés, lorsque j'aurai pu trouver quelqu'un qui me correspondait bien plus selon lui. Je lui reprochais à Paris son manque de propre estime et soulevait sans cesse ses qualités. 

 

J'avais la sensation soudaine d'avoir été le trophée à décrocher, d'être un Everest parmi les montagnes modestes qu'il était fier d'avoir atteint. Qu'au plus une personne avait des valeurs, un tempérament et opposait de la résistance, au plus elle devenait une cible tentante, comme un défi. Je n'avais aimé qu'un seul homme jusqu'ici et n'avait eu qu'un seul partenaire, j'étais très sélective. Mon environnement était sain, mes amis formidables, mon avenir en bonne voie. Un putain de challenge. Je comprend alors qu'il ne m'a jamais aimé, ou qu'il est psychologiquement atteint au point de penser qu'il s'agissait d'Amour. Il était prêt à me maintenir dans le mensonge tête la première pour m'empêcher de mettre fin à notre relation, préférant garder le secret et se garantir une place dans ma vie. 

 

Il continue ses pavés virtuels pour me rattraper. Mais pourquoi ne baisse t'il pas les bras ? Game over, qu'il recommence une partie avec une autre, pourquoi perd-il encore du temps ? Je repense à ses câlins et ses regards qu'il me portait à Paris, qui semblaient si vrais. Nous étions H24 collés ensemble alors il n'y avait pas d'intérêt à me manipuler pour jouer sur d'autres tableaux... Je ne comprends plus rien. " Ne cherche pas à le comprendre " avaient dit ces filles.

 

Il se rend malheureux tout seul, on aimerait l'aider mais nous sommes ses premières victimes. 

 

Putin de cercle vicieux. 

 

Je ne réponds plus à ses messages. Le lendemain, mon meilleur ami arrive à l'appart, il est au courant. On s'installe, on grignote du sucre, il me réconforte. Je le regarde et lui dit " Il faut que je me casse. Maintenant, n'importe où. Je vais exploser. Tu viens ? " Google me propose un billet de bus pour Bruxelles à 7h00 demain matin avec un retour à 00h, parfait. " Okay je te suis ". On fait nos sacs, je respire.

Mes potes me soutiennent, je cours chaque matin pour évacuer la haine et me nettoyer l'esprit. Je me sens salie d'une humanité crasse. 

Les semaines passent, je suis abattue mais reste combative, comme à mon habitude. Plus tu me mets à terre, plus vite je grimpe en selle, la rage en plus. Je prend soin de moi, me rassemble, je panse mes plaies dans mon coin et envisage le pardon pour m'aider à avancer, pas pour le libérer. Nous discutons, je l'interroge comme on étudie un spécimen étrange. A certains instants, nos habitudes passées me trahissent et lorsque la fatigue physique ou mentale me gagne, je me sens encore un peu glisser de ce côté ; celui où se trouvait l'homme que j'aime vraiment et que je pensais jadis connaitre. Il me montre de l'inquiétude, ne réduit pas ses efforts et m'appelle " Mon Ange ".

Il répète " J'ai fait la plus grosse connerie de ma vie, je le sais. " Blablabla. 

 

La meuf qu'il a sauté, je m'en tape, ça aurait pu être un régiment. C'est la trahison et le mensonge qui ne s'effaceront jamais. Trahis moi une fois et tu le feras deux fois, tmtc. 

 

Témoin du véritable amour que j'avais pour lui à cette époque, sans que je sache comment, je tolérais de le voir galérer pour me récupérer sans lui couper l'herbe sous le pied en le supprimant des réseaux. Il s'engouffre dans cette ouverture, me redit Je t'aime, que je ne lui rend évidemment pas. Je lui dis de passer à autre chose, qu'il est absolument impossible que nous soyons de nouveau ensemble un jour.

 

Il insiste. J'y vais franco. 

 

- " Tu t'imagines vraiment, me connaissant, que je vais accepter de me remettre avec quelqu'un qui a fauté tandis que je suis restée impeccable et respectueuse ? Tu penses sincèrement que c'est encore possible ? Il n'y aurait qu'un seul et unique cas de figure où il pourrait être envisageable d'y voir une infime possibilité. "

 

- " Lequel ? Je ferais n'importe quoi . " 

 

- " Que l'on reparte sur un pied d'égalité. "

 

- " ... Je ne l'accepterai pas "

 

- " Voilà , tu as ta réponse. Je ne l'accepte pas non plus. " 

 

- " Donc si tu me trompes à ton tour..."

 

- " T'as bien compris."

 

- "Je ne pourrais jamais exiger de toi que tu ne le fasses pas, c'est exactement ce que je t'ai fait. Je comprends ... c'est insupportable d'y penser, mais je ne peux rien dire... Je t'aime " 

 

- " Tu sais que c'est de toute façon très peu probable. Je ne couche pas sans sentiments. Et quand bien même, je n'ai plus aucune confiance en toi. Je ne sais plus ce qui est réel à ton propos de ce qui ne l'est pas." 

 

 

Le disque rayé tourne à nouveau.

 

Je repense à son retour prévu dans deux mois. Je le laisse patiner, je me surprend parfois à vouloir le croire. Il me manque. Repenser à ces nuits difficiles où j'espérais le croiser en rêve, à cette longue attente interminable d'enfin le retrouver... et réaliser que la libération est si proche désormais. Quelle ironie de merde. 

 

Mon trip en Allemagne approche, j'avais pris des billets en une seule fois au début de l'année scolaire pour plusieurs semaines en Europe, dispatchées sur les mois à venir. J'hésite puis me décide. Mes nerfs, je fais du tricot avec. Je suis au fond du seau. Qu'importe.... Move on

 

19 décembre 2015, je décolle.

 

Je publie une photo sur Instagram, prise dans les w.c de l'aéroport. Sam me la renvoie en message privé. " Oh...tu es magnifique. J'adore te voir comme ça, tu me manques tellement. "Je met le téléphone en mode avion. 

 

 

Le récit berlinois commence. 

 

 

 

Spoiler : #breakdown sa mère



La lecture sur ordinateur

est recommandée sur ce site

 

 

 Tous droits réservés ©

sanuwartshop@gmail.com